À partir d'un questionnaire qui devait être rempli immédiatement, nous avons obtenu la
réponse de 21 centres FESUM sur 33 (Figure 1). L'analyse révèle que l'échantillonnage
est représentatif et que, par extrapolation, seuls 10 % des blessés de la main sont pris
en charge par les centres structurés. On met en évidence que plus de la moitié des
blessés sont porteurs de lésions qui peuvent être traitées avec peu ou pas de
séquelles. La difficulté pour le blessé est d'atteindre un bloc opératoire avec un
chirurgien ayant l'expérience et l'habitude de la chirurgie de la main. Le piège est
l'erreur d'appréciation des lésions et l'étiquetage "bobologie"; il est. en
effet, impossible d'assurer dans les services d'accueil et d'urgence un triage visuel,
centimétrique, voire radiologique; seul l'audit au bloc opératoire permet à toute plaie
d'être explorée dans les règles de l'art et d'être traitée en fonction des lésions
[10].
Les soins externes ne s'adressent qu'aux contusions, érosions
cutanées, à certaines plaies à distance de carrefours anatomiques stratégiques. La
chirurgie ambulatoire doit se développer car, si tout acte de chirurgie de la main
nécessite d'être réalisé sous garrot pneumatique, avec une anesthésie de mode
variable et l'utilisation d'un moyen optique grossissant adapté, l'hospitalisation n'est
indiquée que lorsqu'il existe une contre-indication médicale ou sociale à la pratique
ambulatoire. En général, l'hospitalisation est très courte de 24 à 48 h, sauf pour les
actes de micro-chirurgie lourde, type replantation, qui nécessitent un séjour de 5 à 7
jours pour surveiller l'évolution vasculaire.
La prise en charge spécialisée s'imposera d'autant plus vite qu'il y
aura une traçabilité des séquelles. En effet, cette chirurgie est peu coûteuse pour
l'hôpital public ou privé car le plateau technique consomme peu de produits
pharmaceutiques, sanguins, d'implants, de moyens de réanimation, et l 'hospitalisation
est courte ou sans objet. À l'opposé, les rentes (IPP) et les allongements d'incapacité
temporaire totale (ITT) représentent plus des 3/4 des coûts de la traumatologie de la
main. Enfin, la chirurgie secondaire après un premier traitement inadapté génère des
coûts supplémentaires, avec un résultat fonctionnel inférieur à celui qui eût été
obtenu par une prise en charge initiale adaptée [20]. Wittemann [24] a montré un
surcoût de 100000 francs par blessé devant être réopéré en milieu spécialisé, pour
le plus souvent des traumatismes étiquetés mineurs en urgence.
Si la chirurgie de la main développe des coûts modérés pour les
plateaux techniques, elle génère par contre des coûts humains et des frais de
personnel.
- Des coûts humains. Il s'agit d'une chirurgie en urgence très
chronophage, difficile à maîtriser dans son organisation en dehors des unités dédiées
à la chirurgie de la main. L'activité non programmée est difficile à maintenir par un
chirurgien isolé; la mise en commun des moyens humains et plateaux techniques permet de
faire face aux situations de surcharge de travail et d'imprévu. La spécialisation
technique demande une longue formation en chirurgie orthopédique, plastique et
vasculaire, en plus de celle de la microchirurgie qui s'apprend au laboratoire
d'entraînement sur l'animal et s'entretient par la pratique régulière. Ce savoir-faire
doit être transmis et c'est la mission de l'enseignement avec toutes les difficultés
liées au fait qu'il s'agit d'un travail d'équipe qui doit inclure du compagnonnage. La
maîtrise de l'analgésie postopératoire prend de plus en plus d'importance et, à un
certain niveau, associée à l'amélioration de la communication orale et écrite elle
permet de faire chuter le taux d'algodystrophie qui est la complication la plus
redoutable. La chirurgie de la main a pour particularité de ne pas donner de résultat
automatique; la prouesse chirurgicale ne suffit pas, il faut également informer chaque
patient de son programme thérapeutique afin qu'il puisse comprendre, adhérer et
participer. Tout ceci représente du temps et des hommes.
- Les coûts de personnel sont importants. Il faut canaliser les flux
des patients, surtout en postopératoire: pansements, consultations de surveillance pour
le contrôle des mobilités articulaires et des jeux tendineux, prise en charge de
rééducation spécialisée avec orthèses adaptées et modifiées régulièrement,
ergothérapie et réadaptation des mains au poste de travail.
Cette importance du secteur "hors hospitalisation " est un
préalable à connaître pour réussir l'implantation d'une unité de chirurgie de la
main. Seuls 2 % des blessés de la main et du poignet sont hospitalisés, 13 % sont
opérés en pratique ambulatoire; ces chiffres, issus d'une étude danoise [3] rapportée
sur deux ans dans le cadre de l'enquête EHLASS qui portait sur 50 272 blessés (28,6% de
toutes les urgences), sont ceux qu'il faut annoncer pour préparer l'avenir; la chirurgie
de la main, en urgence, ne se résume pas à l'épisode de la salle
interventionnelle.