| Introduction Cette enquête, dont nous rapportons les principaux éléments, a été
réalisée par les médecins du service médical de l'assurance maladie de Nantes. Il
trouve sa place dans une perspective large de santé publique dépassant le secteur
strictement nantais. Il s'agit d'une étude de l'offre de soins en matière de chirurgie
de la main, activité qui n'est pas reconnue comme une spécialité à part entière et
dont la place reste à définir en termes administratifs. L'objectif était d'évaluer le
volume et la nature des actes pratiqués (urgents ou programmés), les méthodes de prise
en charge (anesthésie, type d'hospitalisation, qualification des opérateurs) ainsi que
la répartition des actes entre les divers établissements publics ou privés dans
lesquels la chirurgie de la main est pratiquée d'une façon régulière depuis de
nombreuses années à Nantes.
Méthodologie
Les opérateurs ont tous été d'accord pour autoriser les médecins de
l'assurance maladie à accéder à l'ensemble de leurs dossiers. Cinq étapes ont été
définies pour établir un protocole d'étude qui a été
accepté par l'ensemble des opérateurs de la spécialité impliqués
dans cette analyse.
- Identification des pathologies spécifiques de la chirurgie de la
main.
- Construction d'un catalogue permettant ensuite l'analyse statistique par des moyens
informatiques.
- Identification des opérateurs spécialisés.
- Mesure quantitative des activités entre le 1/07/95 et le 30/06/96.
- Conclusions.
Catalogue des actes spécifiques à la chirurgie de la main
L'ensemble des pathologies et des thérapeutiques concernant la main et
le poignet, à l'exclusion des fractures du poignet dont la prise en charge actuelle
revient plus aux chirurgiens orthopédistes, a été pris en compte. Les autres
pathologies du membre supérieur ont été exclues, même si certains opérateurs en
avaient la pratique régulière. Il s'agit donc d'une étude de la pratique de la
chirurgie de la main au sens strict du terme sur une période d'un an, entre le 1er
juillet 1995 et le 30 juin 1996.
Identification des " équipes " à Nantes
Quatre équipes exercent dans la spécialité considérée.
- Deux opérateurs exercent d'une façon quasi exclusive la chirurgie
de la main, chacun dans un établissement privé polyvalent. Un des deux opérateurs est
membre de la Société Française de Chirurgie de la Main.
- Une équipe de quatre chirurgiens exerce exclusivement la chirurgie
de la main dans un établissement privé mutualiste participant au service public
hospitalier (PSPH) et pour une part limitée dans un établissement privé. Les quatre
opérateurs sont membres de la Société Française de Chirurgie de la Main. Le service
PSPH est membre de la Fédération Européenne des services d'urgence de la main sous le
label Nantes assistance main, et est qualifiant pour le Collège de chirurgie de la
main.
- Le centre hospitalier régional universitaire (CHU): dispose d'une
équipe constituée de deux praticiens hospitaliers, un chef de clinique et un interne.
Dans le cadre de l'urgence, d'autres opérateurs interviennent comme le montre le tableau
11.
Résultats de l'étude
Divers tableaux schématisent les résultats de l'enquête.
| Tableau 1 : Nombre de
patients par secteur opératoire |
| Privé |
2100 |
= 23% |
| PSPH |
5500 |
= 60% |
| CHU |
1638 |
= 17% |
| Total : 9238
(hors fractures du poignet) |
| Tableau 2 : Activité
opératoire par secteur |
urgences / programmé en % de
lactivité globale du service |
| |
CHU |
PSPH |
PRIVE |
| Prog |
29% |
61% |
90% |
| Urg. |
71% |
39% |
10% |
| Total |
1638 |
5500 |
2100 |
| Tableau 3 : Interventions et Type
d'anesthésie |
| |
CHU |
PSPH |
PRIVE |
| Générale |
70% |
16% |
29% |
| Régionale |
26% |
80% |
66% |
| Locale |
4% |
1% |
2% |
| Tableau 4 : Interventions et Type
d'hospitalisation |
| |
CHU |
PSPH |
PRIVE |
| Hospit |
43% |
32% |
71% |
| Amb |
23% |
67% |
28% |
| Ext. |
34% |
1% |
1% |
| Tableau 5: Type d'hospitalisation et
chirurgie du syndrome du canal carpien |
| |
CHU |
PSPH |
PRIVE |
| Amb. |
66% |
54% |
29% |
| Hosp. |
46% |
34% |
71% |
| Tableau 6 : Interventions programmées et
origine des patients |
| |
CHU |
PSPH |
Privé |
| Circons. |
81% |
63% |
59% |
| Hors circons. |
19% |
37% |
41% |
| Tableau 7 : Interventions urgentes et origine
des patients |
| |
CHU |
PSPH |
PRIVE |
| Circons. |
87% |
75% |
95% |
| Hors circons. |
13% |
25% |
5% |
| Tableau 8 : Type de pathologie programmée |
| |
CHU |
PSPH |
PRIVE |
| Synd canal. |
11% |
19 % |
51% |
| Dupuytren |
2% |
8% |
11% |
| Tumeurs |
15% |
15% |
18% |
| Rhumato. |
7% |
22% |
8% |
| Polyarthrite |
5% |
4% |
0,1% |
| Ablat mat. |
18% |
15% |
1% |
| Tableau 9 : Urgences et délai de prise en
charge |
| |
CHU |
PSPH |
PRIVE |
| Immédiate |
72% |
87% |
66% |
| Différée |
28% |
13% |
34% |
| Tableau 10 : Durée d'hospitalisation
en jours |
| Privé et PSPH |
2,39 ± 0,76 J |
| Public |
5,4 ± 8,1 J |
| Tableau 11 :Répartition de la prise en charge
de urgences en fonction de la qualification des opérateurs sur 542 cas |
| Qualification du chir. |
CHU |
PSPH |
PRIVE |
TOTAL |
| Main |
35 |
222 |
38 |
295 |
| Orthopédiste |
22 |
1 |
|
23 |
| Chir. Pédiatrique |
6 |
|
|
6 |
| Chef de clinique |
77 |
|
|
77 |
| Interne |
141 |
|
|
141 |
| Total |
281 |
223 |
38 |
542 |
| Tableau 12 : Répartition des interventions en
fonction de lâge des patients |
| Age |
CHU |
PSPH |
PRIVE |
| Moins de 15 ans |
17% |
6% |
1,8% |
| Plus de 15 ans |
83% |
94% |
98,2% |
| nb tot. Patients |
1638 |
5500 |
2100 |
Discussion
Les résultats de ce travail qui représente l'analyse d'une année
d'activité à Nantes en chirurgie de la main sont exclusivement présentés par type
d'établissement et ne prennent en compte que l'activité opératoire réalisée dans des
salles d'intervention dûment identifiées. Les actes externes ne sont pas comptabilisés
bien qu'ils puissent représenter un certain volume.
On observe que les établissements privés dans leur ensemble
effectuent de loin le plus grand nombre d'interventions puisqu'il est annuellement de 7532
pour six opérateurs. La charge moyenne annuelle par opérateur est ainsi de 1200
patients. Le nombre d'interventions répertoriées au CHU est de 1638 pour un nombre
d'équivalent temps plein difficile à apprécier mais qui de toute façon est supérieur
à 2 (Tableau 11). Cette charge différente par opérateur exprime certainement aussi le
fait qu'au CHU, les opérateurs exercent des activités parallèles qui n'appartiennent
pas en propre à la chirurgie de la main.
En ce qui concerne la prise en charge des urgences, le CHU et le
secteur PSPH assurent massivement le rôle prédominant. Cependant, il apparaît que le
secteur PSPH qui prend en charge le plus grand nombre de patients en urgence (Tableau 2)
diffère moins l'heure d'intervention, alors que les causes de report ont toutes les
raisons d'être les mêmes pour le PSPH et pour le CHU, à savoir:
- occupation des plateaux techniques - ce qui pose le problème des
plateaux techniques polyvalents dans lesquels la chirurgie de la main trouve difficilement
sa place car il ne s'agit pas d'urgence vitale;
- raisons d'ordre anesthésique - enfant non à jeun, problème
médical grave;
- indisponibilité des opérateurs occupés à d'autres tâches
urgentes - ce qui pose le problème de la coordination entre établissements ou celui de
la mise en commun de moyens.
Pour ce qui est de la chirurgie programmée, il est clair que le
secteur privé a développé d'une façon considérable une activité sur un créneau
étroit qui représente deux tiers de son recrutement (syndrome du canal carpien et
maladie de Dupuytren). Néanmoins, l'activité complémentaire de ce secteur est loin
d'être négligeable tant en termes de quantité que de diversité.
Les différents tableaux montrent aussi des différences de pratique
entre les établissements pour les types d'hospitalisation, le mode d'anesthésie
utilisé, la durée d'hospitalisation sans que ces disparités s'expliquent par le type de
pathologie, le type de lésions associées ou la provenance des patients. L'analyse de ces
paramètres sur une pathologie fréquente, comme celle du syndrome du canal carpien,
montre bien les différences d'approche qui tiennent au dé terminisme et à l' organisa
ti on même de chacun des secteurs étudiés et, pour le CHU, à l'hétérogénéité des
équipes, en particulier d'anesthésistes.
Conclusion
Ce travail mené par le service médical de l'assurance maladie de
Nantes, outre son côté novateur pour ce qui concerne la chirurgie de la main qui est ici
étudiée en tant que telle, permet de faire quelques suggestions sans doute applicables
dans d'autres secteurs géographiques.
- La coordination entre les services ou la mise en commun de moyens
humains et techniques devrait lutter contre l'éparpillement et la dilution des
compétences;
- La spécificité de la chirurgie de la main pourrait alors s'exprimer
pleinement et les caractéristiques de fonctionnement propre à cette spécialité être
appliquées aux patients:
. recours aux anesthésies loco-régionales,
. développement des actes réalisés en ambulatoire,
. formation des jeunes chirurgiens de la spécialité en privilégiant
les binômes chirurgiens formés - chirurgiens en formation,
. enfin et surtout l'exploitation parallèle d'un plateau technique
double permettant la prise en charge simultanée des urgences et de la chirurgie
programmée sans attendre la fin d'un programme,
. les centres dédiés nous paraissent devoir conserver leur double activité urgences
et actes programmés, car celle-ci permet la formation des plus jeunes qui doivent
apprendre la chirurgie tant en urgence qu'en programmé.
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